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le rêve d'une économie solidaire depuis village de Zaouit Sidi Ahmed |
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Economie solidaire, économie sociale, économie éthique, économie socialement responsable… Au Maroc comme dans de nombreux pays, aujourd’hui plus qu’hier, l’essai d’une économie différente mobilise l’attention et les travaux d’un grand nombre de personnes dont le sentiment commun est que l’état actuel des choses, l’économie telle qu’elle est vécue, ne répond pas aux problèmes de notre humanité. Le constat est admis par tous : l’économie gouverne en maître sur la vie du monde, or le monde ne va pas si bien, donc le maître du monde ne gouverne pas bien. Appeler de ses vœux une économie solidaire, c’est dire que l’économie n’est pas solidaire. Dire que l’économie n’est pas solidaire revient à poser la question de savoir qui du système économique ou bien de l’acteur économique n’est pas solidaire. Cette question n’est pas des plus ardues. Le simple bon sens autorise en effet à conclure qu’un acteur économique solidaire organisera tout naturellement un système économique solidaire. Cette économie, rendue solidaire, remplira la fonction que son étymologie induit : administrer, de manière solidaire, la maison de l’humanité. Mais l’Oikonomia* de nos ancêtres était-elle solidaire ? L’idée même de Maison, l’Oikos, et l’organisation de la vie qui s’y déroule, tend à induire la solidarité comme une qualité évidente car intrinsèque : dans la Maison, la prise en compte de tous, et donc des besoins de tous, est censée être l’affaire de celui qui assume la fonction d’y gérer la vie. Si dans une ville de nos pays modernes, au sein d’une maison habitée par dix enfants, l’on découvre que deux de ces enfants mangent à leur faim alors que les huit autres meurent de cette même faim, il est clair que tous pointeront leur doigt à la face de l’administrateur qui sera sans appel qualifié de mauvais gestionnaire. L’économie de nos ancêtres devait être tout naturellement solidaire car le bon sens l’y conduit. L’histoire cependant nous indique le contraire, l’observation du réel nous amène à reconnaître que le naturel est l’inverse : la Maison laisse s’enrichir un petit nombre des siens et laisse dépérir le grand nombre du reste. L’économie s’est construite d’emblée comme un système qui permet l’enrichissement d’un petit nombre grâce au labeur d’un grand nombre. Et puisqu’il a fallu un jour trouver logique à ce système particulier de gestion, il fut décrété comme naturel que l’unité de mesure de cet enrichissement serait un quantum de possession. La logique de cette administration de la Maison commune devenait ainsi la course au quantum de propriété ; et de fait, comme d’esprit, il revenait à tout bon administrateur de tenir en son pouvoir le plus grand des quantum de ses laborieux administrés. Le naturel ne serait donc pas solidaire ! Est-ce une cruelle désillusion de reconnaître l’évident égoïsme de l'économie ? Est-ce une inutile clarté d’admettre que l’Homme l'est tout aussi naturellement ? Si les mots défilent pour tenter de dire ce que pourrait alors être l’économie, c’est sans aucun doute que l’orée de l’indicible est aujourd’hui atteint. Autour d’un mot unique, économie, tournoient milles versions d’une seule et même idée, comme en un bégaiement, timide, qui n’oserait pas dire tout haut ce que tout le monde sait : le projet d’une économie solidaire, c’est le projet d’un être humain solidaire. Créer les pratiques d’une économie devenue solidaire est donc la formidable aventure d’un être humain en projet de devenir solidaire. L’Homme, le Fils d’Adam, comme il est nommé en langue arabe, a le défi de transformer son naturel afin que la solidarité devienne la logique de sa manière de faire au sein de sa famille, au cœur même de sa Maison. Il ne sert donc à rien de vouloir traiter le système économique, et encore moins celui de nos sociétés, afin qu’ils deviennent solidaires : l’idée du mieux pour l’humanité trouvera certes son écrin de vie en un système organisé, performant, rentable, bref, complexe, mais sa matrice est tout ailleurs, partout ailleurs, puisqu’elle est dans le cœur même du Fils d’Adam. Il revient donc au Fils d’Adam de décider un jour, en son cœur, que le naturel est désormais solidaire. Ne serait ce qu’en mémoire de son Père, l’effort vaut la peine. Et si après toutes ses tentatives, après tous les rappels, le Fils n’y parvient toujours pas, peut-être alors qu'à son tour, la Fille d'Adam relèvera le défi commun et parviendra, un jour, à l'être solidaire. ea *Oikonomia : économie en grec (Oikos - maison / Nomia - administrer) |
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